Romain Rousseaux Perin | Recherche
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Les enjeux sociaux et environnementaux de la réduction des espaces d’habitation. Quelques considérations sur l’habiter en maison individuelle dans les centralités urbaines.

Le cas de l’agglomération de Châlons-en-Champagne.

En France, il est dorénavant admis, tant du côté des décideurs politiques que des penseurs et opérateurs de la ville, que le développement de la maison individuelle porte une grande responsabilité dans le mitage urbain. Consommateur d’espace, le pavillon ne cesse d’investir des étendues naturelles, fragilisant ainsi l’équilibre de nos paysages. Avec l’épuisement du foncier, son éloignement successif des centralités urbaines aura pour conséquence une accentuation de la fragmentation socio-spatiale déjà à l’œuvre depuis plusieurs décennies, comme l’a notamment montré Jacques Donzelot (2009) qui n’hésite pas à parler de ville à trois vitesses. Malgré tout, les Français continuent à favoriser l’habitat individuel, attachant l’image de la maison à un idéal de vie ancré dans un parcours résidentiel ascensionnel (Charmes, 2011 ; Marchal, Stébé, 2014).

 

Malgré des évolutions sociales importantes, le modèle pavillonnaire ne change que très peu. Cette carence dans l’apport de nouvelles réponses architecturales est à confronter avec l’aspiration croissante des individus à retrouver un cadre de vie au sein des centres-villes. Dès lors, comment concilier l’aspiration des habitants à l’habitat individuel et à une certaine forme de centralité, avec les impératifs de la ville durable ?

 

L’urbain s’est généralisé, la mobilité s’est intensifiée, la famille s’est recomposée, l’emploi s’est dispersé, et les révolutions technologiques successives ont parachevé ces transformations en influant en profondeur sur nos manières d’habiter. Il semble désormais acquis que la ville de demain devra être plus économe en énergie, plus équitable socialement, plus performante dans la gestion des déplacements, et surtout qu’elle devra être plus densément peuplée. Mais de quelle densité parle-t-on pour les villes moyennes ? Les opérateurs de la ville privilégient bien souvent une intensification de la construction de logements collectifs dans les centres des villes, ce qui a tendance sur le long terme à y spécialiser l’offre immobilière, reportant toujours plus loin l’habitat individuel. Dans cette recherche de densité, les autorités publiques françaises veulent limiter les effets de l’étalement urbain par l’habitat : révision des documents d’urbanisme, aide à la rénovation énergétique du bâti ancien… Les outils mobilisés sont variés et montrent une volonté à changer de paradigme. Ces orientations permettent d’ouvrir un champ de recherche jusqu’ici inexploré.

 

En considérant une réduction significative des surfaces habitables de la maison individuelle, il est possible d’envisager sa réinsertion dans les interstices laissés libres des centralités urbaines. En effet, il semble exister de nombreuses parcelles constructibles au cœur des villes moyennes françaises, des espaces sur lesquels nous ne pouvons imaginer des logements collectifs en raison de leur exiguïté, de leur forme contraignante ou de leur enclavement. Autant d’espaces qui pourraient accueillir des petites maisons, plus accessibles financièrement, permettant ainsi de loger des habitants qui renoueraient à la fois avec le désir de la propriété individuelle, et celui d’habiter en centre-ville. La question centrale qui se pose ici est celle de la définition du petit : Comment penser l’optimisation des surfaces ? Les Français peuvent-ils s’accommoder de tels espaces ? Seront-ils en mesure de vivre dans de petites maisons ? Les outils réglementaires permettent-ils d’envisager facilement une densification par l’habitat individuel optimisé ?

 

La culture japonaise est extrêmement riche d’enseignements sur l’art d’habiter les petits espaces en ville. Pour des raisons géographiques et topographiques, ils ont su tirer le meilleur parti de leurs espaces d’habitation très restreints, en les optimisant au maximum. Sur la base de plusieurs études de cas de projets contemporains en France et au Japon et d’entretiens auprès d’habitants et de décideurs locaux de l’aménagement, nous souhaitons comprendre les permanences et évolutions sur l’art d’habiter les petits espaces entre les cultures française et japonaise, afin de mieux cerner les enjeux et impératifs à l’échelle française. Il s’agira ainsi de questionner l’émergence d’une notion pouvant valoriser une nouvelle vision de l’habitat et de la densité en ville, répondant aux aspirations de la population tout en étant plus proche des nouveaux enjeux socio-environnementaux. À une époque où la surface des logements collectifs diminue de plus en plus, où l’habitat individuel continue de s’éloigner des villes, la question des petits espaces est pertinente pour concilier un respect des valeurs collectives culturelles, avec les impératifs de la ville durable.

Projet d’expérimentation HABIO

Depuis septembre 2017, le bailleur social La Renaissance Immobilière Châlonnaise (La RIC) s’est associé à ma recherche doctorale afin de proposer un prototype d’habitat individuel optimisé dans le centre-ville historique de Châlons-en-Champagne. Grâce à eux et à la participation active de la Ville de Châlons-en-Champagne, une première petite maison sera construite à 5 minutes à pied de l’Hôtel de ville à l’horizon 2019. D’une surface habitable de 69 mètres carrés, elle prendra place sur un terrain de 107 mètres carrés, proposant ainsi un jardin et deux places de stationnement. Cette maison, conçue par l’architecte rémoise Aurore Dudevant, sera ouverte au public avant sa mise en location.

De l’architecte : “Le programme stimulant propose de réfléchir à  la réalisation d’une maison individuelle en milieu urbain. Il impose une réduction significative et réfléchie des surfaces afin de rendre envisageable de réinsérer la maison individuelle dans les interstices libres de la ville. Cependant, est-il acceptable de concevoir des petits espaces de vie dans la ville contemporaine ? est-il possible de remettre en cause et de modifier nos pratiques, nos comportements et nos modes de vie pour occuper un espace restreint ? Notre réponse compose avec des surfaces réduites et les codes de la maison : double hauteur, grand jardin, cuisine ouverte, 2 pièces en étage pouvant devenir chambre, bureau, studio, bibliothèque. Une modularité exprimée à travers un plan masse plus large créant un paysage urbain riche et pittoresque avec des vues variées. La maison est conçue en ossature bois avec isolant fibre de bois, chaque niveau est éclairé par 1 ou 2 larges baies vitrées libérant les murs afin de faciliter l’ameublement de la maison.”

Inscrit en doctorat de sociologie à l’Université de Lorraine depuis décembre 2016, je prépare une thèse sur la réduction des surfaces habitables des maisons individuelles en vue d’une densification de la centralité des villes moyennes. Sous la direction du professeur des universités Monsieur Jean-Marc Stébé, je bénéficie d’un contrat CIFRE à l’Agence d’Urbanisme et de Développement de l’agglomération et du pays de Châlons-en-Champagne (AUDC) depuis décembre 2016. Mon laboratoire de rattachement est le Laboratoire Lorrain de Sciences Sociales (2L2S) de l’Université de Lorraine. Je suis également affilié au Laboratoire d’Histoire de l’Architecture Contemporaine (LHAC) de l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy (ENSAN). Je suis par ailleurs lauréat des bourses 2016 et 2017 de la Fondation Palladio, sous l’égide de la Fondation de France.

 

Mon comité de thèse est constitué de professionnels du milieu de l’architecture et de la recherche : Hervé Gaff est docteur en philosophie, architecte et maître-assistant à l’ENSAN, chercheur associé au LHAC ; Nadège Bagard est architecte DPLG, maître-assistante TPCAU à l’ENSAN ; Serge M’Boukou est docteur en anthropologie, HDR.

Mes publications

Couverture Réflexions Immobilières IEIF

Mes conférences

Récit de mon séjour d’étude au Japon

De septembre à décembre 2017, j’ai arpenté les rues de Tōkyō, Kyōto, Ōsaka, Kōbe, Nara, Kanazawa, Takayama, dans le seul et unique but de comprendre les logiques inhérentes aux petits espaces, et particulièrement aux petites maisons japonaises. Sur place, j’ai mené 25 entretiens avec des architectes japonais, autour de ces questions. Ce séjour a été l’objet d’un carnet de voyage ayant pris la forme de notes de blog. Vous pouvez découvrir ci-dessous les 4 derniers articles.