Romain Rousseaux Perin | Jour 6 – Takaharu Tezuka et Megumi Hosaka
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Jour 6 – Takaharu Tezuka et Megumi Hosaka

Aujourd’hui était un grand jour : ma rencontre avec l’architecte japonais Takaharu Tezuka, et ma première visite d’une petite maison : la Love House, de l’architecte Takeshi Hosaka.

Takaharu et Yui Tezuka sont reconnus dans le monde entier pour leur travail. Leur production importante est consultable sur leur site internet en cliquant ici. C’était donc un très grand honneur pour moi de pouvoir échanger avec lui sur mon sujet de recherche pendant une heure. J’étais accompagné pour l’occasion de mon ami Olivier, arrivé hier de Chine, et de Yoko, une de mes deux interprètes. Nous y avons été très chaleureusement accueillis.

L’agence Tezuka Architects se situe dans le quartier de Setagaya à Tokyo. Aménagée en open-space dans un petit immeuble de quatre niveaux, qui accueille au rez-de-chaussée une crèche (Tezuka est très attaché à la petite enfance), elle est l’image que je me fais d’une agence d’architecture : simple, convivial et sereine, malgré le travail. Je mettrai en ligne la retranscription de cet entretien lorsqu’elle sera prête. En attendant, une photo souvenir :

Direction à présent la banlieue sud de Yokohama, arrêt Todoroki Station. Nous marchons quelques kilomètres après un repas copieux. Premiers frissons : face à moi, la Love House, de l’architecte Takeshi Hosaka, l’une des plus petites maisons que j’ai répertoriées à ce jour. La surface du terrain est inférieure à 30 mètres carrés, la surface habitable de 36 mètres carrés pour deux habitants.

Le terrain ne fait pas plus de 2,70 mètres de large sur 10 mètres de profondeur. Malgré cela, le terrain a tout de même atteint un prix à l’achat de 50.000.000 de yens japonais, soit près de 40.000 €. Ça fait 1.000 € du mètre carré. Pour comparer, les terrains plus grands aux alentours avoisinent les 50.000.000 de yens, soit 380.000 € le terrain. Très cher, en 2005. Imaginez aujourd’hui… Si l’ancien propriétaire pensait ne pouvoir en faire qu’une place de parking, Takeshi Hosaka en a fait une petite maison, refermée sur elle-même sur ses quatre façades, mais largement ouvert sur la cinquième : le toit.

Après avoir franchi la porte d’entrée, on accède à la partie supérieure de la maison par un petit escalier d’environ 70 centimètres de large (sans garde-corps, s’il vous plaît !). La courbe accompagne celle dessinée par le toit, unique source de lumière naturel. Un arbre planté dans la petite cour aménagée en rez-de-chaussée habite l’espace et l’anime les jours de vent. Ici, même si nous sommes déjà à l’intérieur de la maison, nous sommes pourtant encore à l’extérieur. La raison est simple : à Tokyo, chaque parcelle fixe l’équivalent d’un Coefficient d’Occupation des Sols à appliquer à chaque nouveau projet. Le COS de cette parcelle ne permettait pas de couvrir l’espace “extérieur-intérieur”, auquel cas il aurait été considéré comme espace couvert, habitable, et donc pris en compte dans le calcul du COS. Cela étant, les propriétaires s’en amusent : les jours de typhon, le spectacle peut être apprécié les fenêtres ouvertes.

À l’étage, l’espace aménagé se résume au strict minimum : quelques meubles anciens (pour contraster avec le neuf et le blanc des parois), et une cuisine optimisée. Un fauteuil permet d’apprécier la course du soleil depuis le meilleur point de vue. Olivier s’est porté volontaire pour en faire la démonstration.

Le plan optimise au maximum l’espace du rez-de-chaussée, intime, privé. Les dimensions sont parfaitement adaptées aux habitants, les détails sont pensés à des détails non anodins : la poignée de porte dans le mur pour agrandir le degré d’ouverture d’une porte, les poignées des placards qui se replient pour éviter d’y rester accroché au passage… L’espace “Sommeil” se résume à la place d’un futon, la salle de bain profite d’une ouverture sur le petit patio où l’arbre prend sa source.

Megumi Hosaka, habitante et compagne de l’architecte, témoigne : lors de la conception, on pense essentiellement en mètre carré, en terme de surface. Une fois qu’on y habite, on pense davantage à la qualité de l’espace. La taille compte peu, mais la qualité beaucoup. Ici, la lumière changeante, l’unique ouverture sur le ciel, font oublier l’environnement extérieur, une des caractéristiques identifiant la maison japonaise : tournée sur elle-même, reniant l’espace public au profit d’une intériorité ouverte où, selon Tezuka, la pensée du partage des espaces prime sur la pensée d’un cloisonnement strict.

La journée se termine à Nakano et Shinjuku, l’occasion de passer faire un tour dans des boutiques manga, impressionnantes !

Je remercie ici avec la plus grande sincérité Takaharu Tezuka et Megumi Hosaka pour leur si bel accueil. Ce fut un honneur de pouvoir vous rencontrer et partager avec vous ces quelques heures.

ロマン

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