Romain Rousseaux Perin | Jour 37 – Nara
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Jour 37 – Nara

Je passe ma dernière nuit à Kyōto. Demain, je rejoindrai Ōsaka pour deux jours, avant de partir pour les Alpes japonaises. Pour cette dernière journée, je suis allé faire un tour du côté de Nara, ville réputée pour ses temples et “son plus grand bouddha du monde”. Il est effectivement très grand mais, qu’on me le pardonne, c’est loin d’être la plus fascinante des attractions (désolé Bouddha…). La construction qui le protège est, je trouve, plus intéressante. Non seulement parce que son architecture est remarquable, mais aussi parce qu’elle est indispensable à cette gigantesque sculpture, qui doit s’apprécier dans la pénombre. Encore une fois, l’appréciation de cet ensemble est chahutée par ce que j’appellerai désormais la masse touristique. Mais je ne regrette pas, pour une fois. C’est à faire, indéniablement.

Et puis, les daims qui peuplent les alentours sont assez attendrissants. Même en y étant insensible, leur surnombre fait pression.

Je me suis promené autour du temple Todai-ji (appelons-le par son nom). Il ne faut pas aller bien loin pour retrouver ce calme qui devait participer à la prestance qu’imposent encore un peu ces lieux. Je trouve sur mon chemin quelques belles demeures traditionnelles.

Je quitte les hauteurs de Nara. Mon tour-istique fut court. Je me dirige désormais vers les quartiers plutôt résidentiels. Le centre-ville de Nara est assez dense. Les grands axes sont bordés d’immeubles d’une dizaine d’étages. Mais les maisons individuelles ont de la place. Les habitations traditionnelles sont bien conservées, quand elles ne sont pas de pâles imitations. La montagne est présente, mais cela se ressent moins qu’à Kōbe. D’ailleurs, en vagabondant, on se retrouve rapidement au milieu des cultures de riz (mais pas que…) qui encerclent la ville aussi bien au Nord qu’au Sud. Un détour en train avant de regagner Kyōto m’a permis de mieux me rendre compte de ce que je devinais déjà sur les vues aériennes.

Je tombe enfin sur un ensemble pavillonnaire, issu du catalogue d’un des nombreux constructeurs nationaux. Les maisons sont bien espacées, ont toutes de la place pour garer deux voitures sur leur terrain. Si chacune pourrait avoir l’espace pour y aménager un jardin, aucune n’en a fait le choix. Le jardin semble être devenu un fardeau pour les ménages japonais. Il se résume aujourd’hui à un ou deux arbres, et à un parterre de gazon.

Les maisons sont nues, posées au milieu de leur parcelle, privées de ce qui en font leur spécificité. Le seuil n’est que peu travaillé, on ne retrouve aucun mur séparatif, je ne parlerai pas des plans, même si je pourrais assez facilement les deviner… L’espace public fait la part belle à la voiture. La petite taille de certains véhicules (plaques jaunes), que l’on retrouve malgré tout dans ce lotissement qui ne manque pourtant pas de place, ne peut s’expliquer que par une motivation financière. Elles ont perdu ici leur côté pratique : celui de pouvoir circuler et stationner dans des rues très étroites. La plupart des petites maisons présentes au centre-ville de Tōkyō abritent une voiture de ce type, parce que leur situation urbaine les contraint à cela.

Enfin, l’entre-soi est évident. L’on a affaire ici à un ensemble résidentiel destiné à une certaine classe sociale. Les maisons proviennent du même constructeur, elles font la même taille. Les gabarits parcellaires sont identiques d’une propriété à une autre. La crainte du regard des autres s’efface ici au profit d’un en-commun : on envie rien, à personne. L’uniformisation efface l’individu. Mais ne nous y trompons pas, la dilatation des constructions renforce encore un peu plus l’individualisme, rapporté par les différents architectes que j’ai pu rencontrer jusqu’ici.

Je quitte le lotissement, et rejoins les quartiers résidentiels plus anciens, suivant cette logique japonaise de rotation de génération en génération. La dernière photographie me plaît bien : un couple japonais sur son terrain, une pelle à la main. Plus bas, on retrouve l’axe des commerçants, souvent marquée par une porte indiquant le nom de la rue, à chacune de ses extrémités. Perpendiculairement, les perspectives s’ouvrent tantôt vers le quartier de la gare JR, tantôt vers les montagnes.

Je gagne enfin une des grandes avenues de Nara, larges, hautes et bruyantes. L’heure est venue pour moi de rentrer, avec une question en tête : Toyota a toujours été une des marques leader dans les programmes hybrides. Depuis mon arrivée au Japon, j’ai croisé beaucoup de voitures de ce type, voire tout électrique. L’industrie mondiale suit ce chemin, limitant ainsi les pollutions tant sonore qu’atmosphérique. L’on sait par ailleurs que les habitants des périphéries lointaines, du périurbain ou du pré-urbain, selon la définition proposée par Jean-Marc Stébé et Hervé Marchal, ont privilégié ce mode de vie pour fuir la pollution et le bruit des centres-villes. Lorsque les voitures électriques seront dominantes sur le marché de l’automobile, qu’en adviendra-t-il des aspirations des habitants ? Privilégieront-ils toujours autant la périphérie ? L’aspiration pour l’habitat individuel évoluera-t-elle ? C’est simplifié, le sujet est plus complexe bien sûr, mais ces questions méritent réflexion.

ロマン

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