Romain Rousseaux Perin | Jour 33 – Katsura, Arashiyama et au-delà…
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Jour 33 – Katsura, Arashiyama et au-delà…

La Villa Katsura date du XVIIe siècle. Par une fine mise en scène des éléments, elle magnifie l’art du jardin. Par une architecture sobre résolument orientée vers l’extérieur, elle cadre des paysages empruntés, emplis de métaphores. Les ouvriers s’affairent à restaurer la toiture en chaume d’un pavillon de thé, brin après brin. La taille du bambou en guise de faîtage est minutieuse, la scie au bout du bras tremble. On peut deviner du japonais : “Comme ça ? T’es sûr ?”. D’autres, plus loin, font le tour du sentier balisé par des roches taillées et ancrées au sol. Le temps les a entourées d’un épais humus qu’il convient de ne pas écraser. Leur espacement rythme mes pas. Les jardiniers recherchent les feuilles tombées pendant la nuit. Une à une, ils les amassent dans un sac dont la légèreté fait penser que l’automne n’est pas encore tout à fait là. Pourtant, les feuilles jaunissent, rougissent, palissent. Les cimes dessinent un contraste progressif entre un soleil éblouissant et un parterre verdoyant et encore humide de la rosée. Le petit vent en agite quelques unes, elles tiennent encore bien.

Les quelques temples qui jalonnent mon parcours témoignent d’une pareille fragilité, malgré une robustesse évidente. Je me sens alors dans un entre-deux : la familiarité des lieux qui m’est donnée par la sobriété des espaces, et cette peinture lumineuse dans laquelle je suis plongée, et que je n’oserais toucher. Je navigue d’une fresque à une autre, touchant du doigt une œuvre en mouvement. Le jardin à la japonaise, dans sa forme la plus éclatante est là, devant moi. Je me remémore dès lors ces petits jardins vus ça et là et qui, malgré leur petite taille, reprenait les codes de ce paysage architecturé : sobriété, métaphore, mouvement, cadrage, rythme…

À ma sortie, je suis resté silencieux. D’habitude, je me laisse aller à la réflexion à haute voix (la solitude amène d’étranges comportements). Mais là, rien. Juste, le silence, que l’environnement urbain qui a gagné les alentours de la Villa, d’abord entourée de champs, vient perturber. Je prends le train pour Arashiyama. Je retrouve un tourisme de masse qui ne m’avait pas manqué. Peut-être suis-je en train de développer une pathologie de répulsion face à ces individus qui passent sans voir. Je les repère rapidement. Ce ne sont pas forcément ceux ayant une perche à selfie à la main. On se laisse surprendre par leur profil. Mais mon nez s’aiguise. Je les fuis, ça devient une obsession. Je m’éloigne, encore, toujours plus, jusqu’à ne plus en voir un seul.


L’autoroute. Je me retrouve sur une autoroute, sans aucune voiture. Une autoroute qu’on croirait abandonnée. Mais non, un scooter passe. En allant vers les montagnes, je dois dire que je m’attendais à mieux. Je persévère, mais toujours au hasard des croisements, des sentiers, des routes. Et puis un axe intéressant, puis deux. Je continue mon chemin, je parcours 15 kilomètres, me perds sur des chemins forestiers au balisage de moins en moins présent. Je glisse sur les feuilles mortes, m’accroche aux branches toutes proches. Je continue, je cherche cette forêt qui m’en mettra plein la vue, cette forêt si proche de la ville, reposante, apaisante, le calme après la tempête. L’horizon après l’ascension. Et je rejoins en un tournant le courant que j’avais quitté un peu auparavant : la Katsura River est là, dans son lit naturel.

Tout cela n’était pourtant qu’à une heure de Kyoto. Et je n’ai croisé personne, hormis quelques locaux. Étudier le petit et y concentrer toute mon attention a donné une toute autre valeur à cette escapade. Sortir du milieu urbain, où l’on peut trouver toutes les commodités pour une vie confortable, pour gagner l’infiniment grand, vastes horizons que l’on peut atteindre à pied ou en train… Dans lequel on peut se perdre si facilement. Mais l’urbain n’est jamais loin. Après 20.483 pas et 46 étages, je prends le train sans rechigner. Bilan de cette journée : on ne voit finalement que ce qu’on veut voir.

ロマン

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