Romain Rousseaux Perin | Jour 2 – Yokohama, Minatomirai, Ishikawacho
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Jour 2 – Yokohama, Minatomirai, Ishikawacho

Yokohama, deuxième journée commencée un peu tardivement. Les tours vues la veille ont orienté mes premiers pas. Direction Minatomirai, le quartier des gratte-ciels à l’urbanisme discutable. Pour bien comprendre Yokohama, je suis monté en haut de la Landmark Tower, qui offre un point de vue à 360° sur la ville et ses environs. Les 69 étages sont montés en 30 secondes.

D’en haut, on peut percevoir assez nettement une densité plus forte le long des axes principaux, essentiellement commerciaux. Les prix du foncier et des droits de succession sont très élevés au Japon. La division parcellaire des terrains est une pratique courante. Je vous invite à lire Tokyo Metabolizing de Yoshiharu Tsukamoto pour mieux comprendre le processus. Avec le temps, les terrains sont devenus très petits, et forcent les constructions à prendre de la hauteur. La verticalisation est en marche.

Et moi aussi. Je ne m’éternise pas à Minatomirai. On aime ou on n’aime pas. Ce n’est clairement pas ma tasse de thé. Malgré des aménagements urbains de qualité, la voiture reste quand même au centre des attentions. On fait face à un “urbanisme hors sol”, qui offre peu d’interactions avec les piétons. Les boutiques sont souvent aux étages supérieurs des tours, reliées pour certaines par des passerelles, mais le lien n’est pas toujours évident. Les rez-de-chaussée sont, pour la plupart, réservés au dépose-minute.

Bref, pas de quoi s’éterniser. Il s’agit à présent de toucher de près les raisons de ma présence : les petites maisons. Je cherche donc sur un plan un quartier vers lequel me diriger : Ishikawacho. Je quitte le quartier central de Yokohama, Naka-ku, délimitée au sud-est par la Nakamuragawa River, surplombée de deux larges voies d’autoroute.

Le contraste entre les deux rives est plutôt saisissant. On quitte un maillage de rues bruyantes, assez larges, bordées de tours, pour gagner un quartier très calme, fait de petites et moyennes maisons, certaines faites de bric et de broc, d’autres aux allures contemporaines. En restant objectif, la densité est là, mais elle n’étouffe pas. Osons : en météorologie, vous connaissez sans doute la température mesurée versus la température ressentie. Ici, on comprend la métaphore.

Les habitants s’approprient nettement l’espace public, des rues qui, pour certaines, n’excèdent pas deux mètres de large. On peut toucher les maisons qui se font face les bras tendues. Les enfants jouent à la corde à sauter, les résidents de longue date entretiennent leurs pousses, si bien que certaines maisons ne se perçoivent même plus depuis l’espace public.

Une sérénité à deux pas de l’agitation des bureaux et commerces de Minatomirai (bon, plutôt à 45 minutes à pied, mais c’est très bien relié en train). Je poursuis mon chemin et tombe sur une maison dont l’architecture se distingue nettement des autres maisons, plus communes. Au rez-de-chaussée, un cabinet d’architecture. Voici la Oriel Window House, de l’architecte Shinsuke Fujii (que je me suis permis de déranger quelques instants pour me présenter). La surface du terrain est de 41 mètres carrés, la surface habitable avoisine les 75 mètres carrés. Shinsuke Fujii a quelques petites maisons très intéressantes à son actif, dont la Oriel Window House, dont je n’avais pas l’adresse. Le hasard est heureux !

Remarquez le design de la voiture stationnée juste devant la porte d’entrée. Elle semble taillée pour se glisser dans un maximum d’espaces. Il y en a beaucoup de ce type au Japon. Ce point “auto” me permet de glisser quelques mots sur la gestion des stationnements. Vous aurez remarqué sur les photos du précédent post qu’il n’y a finalement que très peu de voitures le long des voiries. Non pas qu’il y ait peu de circulations, mais parce que les installations dédiées aux stationnements automobiles sont très ingénieuses. Pour économiser de la place, la plupart des parkings en souterrain sont automatisés : vous déposez votre voiture sur une structure, qui se charge de la ranger, tel un jeu de Tetris. Vous pouvez voir une vidéo en cliquant ici. D’autres installations plus sommaires se contentent de superposer les voitures sur deux ou trois rangées, ou en sous-sol. Un sacré gain de place, et des idées pour le stationnement en France. Pour le coup, je ne crois pas que les différences culturelles seraient un frein au développement de ce système. Serait-ce plus onéreux ? Si l’on compare au linéaire de voiries nécessaires pour que chaque voiture puisse se garer individuellement, on peut imaginer que l’équilibre est possible.

Continuons de déambuler dans les rues étroites de Ishikawacho, et remarquons cette petite maison triangulaire, assez sommaire, mais qui optimise toutefois l’espace au sol en gardant une zone pour le stationnement. L’entrée atypique (pour nous, Occidentaux) illustre l’importance de la voiture, au sein même de l’habitation. Il est étonnant d’ailleurs de constater  que la plupart des petites maisons y accordent une place aussi importante, alors que traditionnellement, la maison japonaise se concentre sur l’art des jardins intérieurs. Au contraire, les petites maisons contemporaines en sont dépourvues. Un point à éclaircir.

Et quelques autres clichés un peu moins académique…

Même si ces rues sont vouées essentiellement aux habitations individuelles, on y croise ça et là de petites échoppes, tenues par des personnes qui ont dû dépasser l’âge de travailler depuis quelques années. Ils participent pourtant indéniablement à la vie de quartier. Si le cuisinier du coin ne serait pas suffisant pour ses courses du quotidien, on est loin de se douter qu’à deux pas de cette quiétude, la rue commerçante principale (où le nombre de coiffeurs est impressionnant) brasse une foule des grands jours quotidiennement. Le contraste est encore une fois saisissant.

À l’extrémité nord du quartier, je retrouve une petite maison contemporaine au détour d’une rue. Je n’ai aucune référence à son sujet. Si quelqu’un a des informations, la reconnait, je suis preneur. À noter que son austère façade fait face à un parking automatisé.

Intrigué par les musiques rythmées au loin, je quitte Ishikawacho et traverse à nouveau la Nakamuragawa River, de nuit cette fois. China Town n’est pas loin.

C’est un quartier assez touristique, où l’on ne compte pas les restaurants aux vitrines garnies de plats en résine luisants. Personnellement, je n’ai pas trop aimé. Pour autant, l’ambiance y était agréable, festive, insouciante. Quand même un bon point final à cette journée où j’aurai parcouru près de 15 kilomètres. Je rentre épuisé, mais prêt pour mon premier entretien, demain, avec l’architecte français Manuel Tardits (agence Mikan), installé à Tokyo depuis plus de 30 ans, et auteur entre autres de Tokyo, portraits et fictions, publié chez GAC Press. Je vous en recommande la lecture.

ロマン

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