Romain Rousseaux Perin | Jour 19 – Petites maisons et autres architectures
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Jour 19 – Petites maisons et autres architectures

J’ai profité d’une accalmie accordée par la météo capricieuse de ces derniers jours pour me laisser aller à nouveau dans les méandres des rues de Tokyo. Après avoir parcouru pas moins de 13 kilomètres et soigné quelques ampoules, je reviens d’une traversée entre quartiers populaires et embourgeoisés, petites maisons et autres architectures.

Quatre petites maisons à remarquer aujourd’hui : la première est de l’agence Unemori Architect, rencontrée la semaine dernière. La Yamate Street House a été construite en 2014, sur un terrain triangulaire de seulement 24 m2. Croisé avec les impératifs fixés par la législation, l’emprise au sol de la maison n’est que de 19 m2, pour une surface habitable atteinte de 89 m2 pour un habitant. Ce qui est remarquable dans ce projet, c’est l’apparente impression d’une tour au regard de ses voisines alignées sur l’axe très passant de la Yamate Street, alors même que son échelle est parfaitement adapté à l’habitat individuel. Je peux vous assurer que, de près comme de loin, elle a tout d’une tour, mais à y regarder vraiment dans le détail, elle a toutes les dimensions d’une petite maison. L’effet de perspective dans le jeu des ouvertures et l’aspect légèrement réfléchissant de la façade n’y sont sans doute pas pour rien. Ce projet est vraiment surprenant. Plus d’infos et de photos un poil plus chic en cliquant ici.

Plus loin, à une autre échelle, je trouve la Yoyogi House de l’agence FrontOffice. Cette maison est intéressante à analyser dans son plan (que je ne mets pas ici, il n’est pas d’assez bonne qualité). La Yoyogi House organise les pièces principales de la maison en forme de U, autour d’une cour centrale occupée par un parterre végétalisé en pente. En amont, la terrasse théâtralisée apparaît dans tous les espaces de vie de la maison. La rampe qui permet d’en récupérer son niveau depuis la salle à manger, ne fait qu’appuyer cette volonté de magnifier cet espace et de mettre la nature en contrebas, au centre de la maison.

© Photographies FrontOffice

Il n’est d’ailleurs pas anecdotique de remarquer que la zone de stationnement à l’avant de la maison s’est reconvertie avec les années en espace dédié à une collection de plantes entretenues par la famille. Un clic ici.

Cela pose toujours la question de la voiture : continue-t-on de l’intégrer dans les espaces d’habitation, tout en sachant l’impact énorme que cela a eu sur l’emprise au sol des habitations individuelles depuis la démocratisation des automobiles à la fin de la deuxième Guerre mondiale, ou bien est-il temps de réfléchir à des systèmes alternatifs ? Certains ne se posent pas la question. Jusqu’au bout, la voiture sera dans la maison. Même si elle finit par ne plus vraiment bien rentrer…

En tout cas, malgré le nombre d’habitants à Tokyo, la voiture se trouve essentiellement sur les terrains privés des propriétaires de maisons individuelles. C’est préférable pour eux au regard du prix du stationnement, tant c’est chose rare dans les rues de la mégalopole. Le moindre espace est un bon prétexte pour y créer un parking, même isolé.

D’autres petites maisons plus standards partagent l’affiche avec les maisons sur lesquelles je mets l’accent. Elles se remarquent notamment par leur forme, qu’on retrouve un peu partout, leurs matériaux, en plastique ou en imitation brique peu ou pas réussie, et, logiquement, dans leur plan, puisqu’elle découle pour la plupart de la production de constructeurs ayant pignon sur rue. La preuve :

Avec Daiwa House, Sekisui est un des plus gros constructeurs de maisons individuelles au Japon. Dans ce “village-vitrine” des pavillonneurs, on retrouve toute la stratégie commerciale suivie par les constructeurs français, si ce n’est qu’au Japon, c’est quand même un peu faussement plus “maison d’architecte”. Voici des exemples de leurs pavillons, les premiers datent un peu, les seconds sont plus récents :

On retrouve bien évidemment des variations, qui se traduisent en plus-value sur la facture du client (enfin, j’imagine que ce n’est pas gratuit !). Il n’existe pas seulement des petites maisons à Tokyo. Non, ici aussi, on peut faire dans la démesure, avec une architecture parfois discutable. On sait faire de très grandes villas, bien tape à l’oeil pour montrer qu’on est plus riche que son voisin (je m’emballe un peu là, non ?) :

En fait, non. Malgré cette exposition à ciel ouvert (heureusement que l’entrée est gratuite), il continue de subsister non loin de là, de jolies références d’architecture. Ici, la House in Uehara de l’architecte Kazu Shinohara construite en 1976. Elle survit donc à la durée de vie moyenne des constructions au Japon, qui s’élève à seulement 26 ans. Un clic là pour la découvrir plus en détail.

Un peu avant, j’avais commencé cette journée par la découverte de la Nature Ellipse House de l’architecte Masaki Endoh, que je rencontre ce vendredi. Un projet à l’emprise au sol petite, dont la forme se démarque nettement de ses voisines tant elle transgresse par ses courbes l’uniformité établie par la législation.

Un bel œuf qui a le mérite de montrer les possibles variations insoupçonnées de l’architecture des maisons individuelles. Une nouvelle maison se dresse fièrement à l’horizon. Je ne la connais pas, et c’est bien dommage. Très fine, la façade avant est prétexte à projeter de petits balcons pour bénéficier d’une vue qui se laisse apprécier.

Tokyo n’est pas une ville plate, on en fait très vite l’expérience. Certaines rues sont très raides mais elles participent à la qualité de vie des quartiers : la topographie singularise des lieux uniformisés dans un chaos difficilement discernable de celui que l’on peut retrouver dans le quartier voisin.

Je terminerai enfin cet article par une maison de l’agence Tekuto, une de leurs premières références de petites maisons individuelles, la Floating Floor, construite en 2002. Il est tard, j’y reviendrai plus longuement lorsque j’aurai rencontré en personne Yasuhiro Yamashita.

Demain, je rencontre Cécile Asanuma-Brice, docteur au CNRS, et Go Hasegawa, architecte de quelques belles références de petites maisons individuelles.

ロマン

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