Romain Rousseaux Perin | Jour 11 – Hakone
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Jour 11 – Hakone

Au Japon, de nombreux logements ont été construits sans salle de bain. Cet héritage se perçoit encore essentiellement dans des constructions anciennes concentrant plusieurs logements sous la forme de petits collectifs. Pour gagner de la place, certains japonais ont pris pour habitude de partager ce moment de la journée dans les bains publics, encore présents dans quelques quartiers. Vous venez alors avec votre serviette, éventuellement vos produits personnels, vous lavez le corps assis sur un petit banc en bois, à l’aide d’une douchette, ou d’un robinet avec un bocal, et pouvez profiter de grands bains publics dédiés au délassement. Évidemment, tout cela se fait dans le plus simple appareil, hommes et femmes séparés. Bien réchauffé, vous pouvez vous sécher avec une serviette, ou bien laisser la ventilation faire le travail.

Malgré un rythme de vie effréné s’illustrant par l’efficacité et l’immensité des réseaux de transports tokyoïtes, les japonais semblent vivre plus lentement. Plusieurs rituels nous obligent nous Occidentaux, à prendre du temps pour se conformer, l’objectif étant de ne pas heurter la conscience de nos hôtes. Vous devez systématiquement vous déchausser à l’entrée, enfiler une paire de chaussons, que vous retirerez dans certaines maisons pour accéder aux pièces à tatamis. Vous vous laverez dans une douche à côté de la baignoire avant de vous plonger dans l’eau chaude du bain (même procédé que les bains publics). Vous ferez vos courses régulièrement au convenience store du coin, et ne penserez donc pas à ce que vous mangerez dans deux semaines. Vous économiserez ainsi la place d’un grand frigo au profit d’un petit frigo. Vous ne courrez pas dans votre maison, l’espace vous l’en empêche. Les espaces semblent d’ailleurs dépendre d’une unité de mesure plus fine. J’avais déjà fait cette réflexion au sujet des voitures. D’ailleurs, vous ne garerez pas non plus votre voiture rapidement, au risque de vous abonner au carrossier du coin. La place de stationnement est souvent parfaitement adaptée à la voiture, et c’est tout. Il suffit de remarquer l’ajout d’un rétro sur certains véhicules pour comprendre à quel point l’ajustement est chose courante.

Plus largement, et pour en revenir aux rituels autour des soins du corps, le Japon compte également de nombreux onsens, des bains thermaux aux bienfaits thérapeutiques démontrés. Les eaux très chaudes proviennent souvent de sources volcaniques. Le rituel autour des onsens est semblable aux bains publics. Vous entrez dans un vestiaire où vous vous déshabillez complètement, vous vous lavez bien le corps, et pouvez profiter du bain bouillant autant de temps que vous le souhaitez. J’ai donc donné de ma personne, oubliant ma nature pudique, ôté le seul caleçon qui protégeait encore mon intimité, et pu profiter des eaux thermales. L’expérience valait le coup, vous en ressortez détendu, limite prêt à dormir.

Avec du recul, ces bains, publics ou sous la forme plus touristique des onsens, permettent d’économiser facilement de la place dans les logements. Mais soyons réalistes, cet aménagement est d’un autre temps, au regard du confort acquis aujourd’hui. On n’imagine assez mal les français se (re)mettre à nu, notamment avec leurs voisins, simplement pour ne pas avoir de salle de bain chez soi. Impensable !

Le onsen expérimenté se trouve dans la région assez touristique de Gora, à 30 minutes de Hakone-Yumoto. Certains tôkyôïtes y vont passer leur week-end. La pendularité du lieu est assez frappante. En dehors des sentiers battus, la ville n’est qu’une succession de bâtiments fantôme, attendant leurs habitants temporaires. On ne croise que peu de monde, les parkings souterrains sont déserts. Il s’opère une sorte de rotation, entre les touristes qui animent les lieux suffisamment chaque jour pour qu’ils subsistent, et les habitants qui profitent d’un environnement naturel bien préservé, à seulement 1h30 de Tokyo.

Le secteur ne manque pas d’attraction. Si l’on fait abstraction des installations touristiques (immeuble de logements de vacances, commerces de souvenirs, téléphériques et galions espagnols (oui, c’est aussi ça la folie japonaise)), on peut croiser des fumerolles assez impressionnantes, des paysages qui doivent être magnifiques parés de leurs couleurs d’automne, et un choix de onsens que les plus aguerris pourront facilement trouver. Au-delà, vous croiserez certains clichés célèbres, mais on n’y était pas pour ça.

Malheureusement, point de Mont Fuji, masqué sans doute par des vents pollués nous étant défavorables. Demain, rencontre avec Kazuyasu Kochi à Chiba, ville à 1h00 de Tokyo en train. Nous aurons l’occasion de découvrir la réhabilitation d’une maison de 177 m2. Grand par rapport à ce que j’étudie, mais pour comprendre le petit, peut-être faut-il aussi comprendre le grand ?

ロマン

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