Romain Rousseaux Perin | Jour 65 – Odaiba, Marunouchi, Nihonbashi
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Jour 65 – Odaiba, Marunouchi, Nihonbashi

Une fois n’est pas coutume, je suis peu en retard. Hier donc, je me suis promené dans les quartiers Est de Tōkyō, ce que je ne renouvellerai demain puisque, jusqu’ici, durant mon séjour, je me suis essentiellement concentré sur les quartiers Ouest. C’est sans doute parce que les quartiers Est renvoient une image de densité élevée, qui dessine des horizons de gratte-ciels perçant l’épais nuage de pollution qui flotte en permanence sur la mégalopole. Il n’y a qu’en prenant un peu de recul qu’on peut s’en apercevoir. Les premiers jours, peu après mon arrivée, j’avais eu l’occasion d’emprunter la ligne Yurikamome, qui traverse le Rainbow Bridge au-dessus de la baie de Tōkyō, et qui se termine à Toyosu une fois qu’on a traversé tout le quartier d’Odaiba, construit sur un sol entièrement artificiel. D’ailleurs, c’est une chose que j’ai apprise de mes entretiens : la majeure partie des remblais utilisés pour l’édification de ces polders provient des débris du grand incendie de 1923, mais aussi des gravas des maisons régulièrement détruites.

Pour ce tour d’Odaiba, je décide d’emprunter à nouveau le Rainbow Bridge, mais à pied cette fois. La vue depuis la ligne automatisée n’était vraiment pas folichonne depuis le pont. Sur le chemin, je traverse avant les rues de Shibaura, une partie également construite sur des sols artificiels. On s’en rend assez vite compte une fois qu’on a traversé plusieurs canaux se faufilant entre les tours.

Ici, les réseaux se superposent. Au-dessus des canaux passent des routes, des autoroutes, des monorails (qui rajoute encore un aspect futuriste à l’environnement), des trains, etc. Plus loin, l’amorce du Rainbow Bridge affiche le paroxysme de cette situation.

Tout cela n’enlève en rien les modèles communautaires qui animent les quartiers dans tout Tōkyō. Je vous ai peut-être déjà parlé de ces associations d’habitants qui gèrent la vie et les animations de groupes d’îlots ? Chaque habitant d’un chō dépend de cette association d’habitants, appelée Chōnaikai. Chacun doit notamment effectuer, à tour de rôle, une tâche pour le bien de la communauté : assurer la sécurité des passages pour piétons lorsque les enfants se rendent à l’école, distribuer les nouvelles de la mairie de quartier de maison en maison pour signature et, entre autres, s’assurer de la propreté du quartier. C’est sans doute ce groupe chargé de cette tâche que j’ai croisé sur mon chemin dans le quartier de Shibaura. En couple ou en famille, ils restent tous vigilants.

Nous y voilà donc. Vue imprenable sur toute la baie. Sur le pont, superposition de plusieurs voies. Au centre, derrière les grillages, la ligne automatisée trace son chemin. Malgré le bruit assourdissant, et une pollution évidente, les joggeurs du dimanche sont nombreux.

Si l’on vient par bateau à Tōkyō, elle a toutes les apparences d’une mégalopolis, un panorama de tours d’affaire (et d’habitations !) et un des ports maritimes les plus importants du Japon. Avec l’image en tête des centres d’îlots peuplés de petites maisons individuelles à quelques minutes de marche d’où sont prises les photographies, cela fait forcément réfléchir.

De l’autre côté, autre ambiance. Même si les tours sont encore très présentes, une plage de sable fin de près de 800 mètres se dessine. Un parc en presqu’île ceinture l’ensemble, faisant face au siège de Fuji TV de l’architecte Kenzo Tange, auteur de l’hôtel de ville visité (gratuitement) début Octobre.

En haut des tours, on peut deviner la vue imprenable des habitants, mais aussi, en contre-partie la cherté du loyer… À Tōkyō, mais comme à beaucoup d’endroits dans le monde, plus vous habitez haut, plus c’est cher. D’ailleurs, c’est même ici un marqueur social. Dans un ascenseur, appuyer sur un étage plus haut que celui qui est monté avec vous est un signe de supériorité.

Ce dimanche, une manifestation sportive venait de se terminer. Alors que les organisateurs s’affairent au rangement, un groupe joue les prolongations sur une course de relais, tandis qu’une autre préfère voguer seule… Il fait encore 14°C à l’ombre. C’est vraiment agréable. Je redoute le choc thermique à mon retour en France…

Je finis par prendre la ligne Yurikamome, qui me fait un tour rapide d’un quartier sans grande activité humaine un dimanche. Odaiba reste avant tout un quartier d’affaires, et éventuellement un endroit sympathique pour profiter de l’air océanique.

Sur la ligne, je croise un de ces nombreux villages de constructeurs de maisons individuelles dont j’ai souvent entendu parler, et que j’avais eu l’occasion d’arpenter dans un des quartiers de Tōkyō (voir en cliquant ici). Celui-ci est excentré, un parking permet aux visiteurs de se garer. Ici, les maisons individuelles présentées sont plutôt grandes.

Je rejoins le Tokyo International Forum, à côté duquel se tient une petite brocante. Je me sens alors plongé dans une ambiance bizarre, entre celle des marchés européens (pensez à Tintin et le Secret de la Licorne) et celle des plus grands quartiers d’affaires de ce monde. Pour autant, le plaisir de chiner reste intact. Peu importe les bâtiments autour, nos yeux se concentrent sur tous ces objets du quotidien (ou pas) qui attendent leur nouveau propriétaire. À côté, Marunouchi nous rappelle à ses sommets.

Dans la perspective de ses tours néanmoins, l’horizon est plat. Le jardin du Palais Impérial est à quelques centaines de mètres. en face de ces empilements de bureaux, le vide.

Je passe à côté de la Tokyo Station, une des plus grandes gares du Japon. Évidemment, le nombre de voies ferrées qui y aboutissent est important, et les infrastructures les supportant sont en nombre. Certaines sont légèrement surélevées du sol pour laisser par endroit les voitures passer en dessous. Ailleurs, les commerces, essentiellement des restaurants, s’y nichent.

Je finis mon périple sur le quartier de Ningyōchō, à quelques dizaines de minutes à pied de Marunouchi Nihonbashi. Pour cela, je passe encore par quelques avenues bordées de tours.

La particularité de Ningyōchō est d’être un de ces quartiers tokyoïtes dans lequel des maisons traditionnelles subsistent encore. Certes remodelées, rénovées, transformées, elles se démarquent toutefois du bâti plus récent, plus haut aussi. Tantôt habitation, tantôt commerce, mais aussi tantôt abandonnée, elles trahissent un passé que la modernité tend à faire disparaître.

Il faut s’imaginer un Ningyōchō, et plus largement de nombreux quartiers à Tōkyō dont les rues étaient bordées de ce type de constructions. Basses, rarement plus de deux niveaux, structure bois souvent apparente, parfois béton. Cela donne un tout autre environnement dégagé de ses grandes tours qui, malgré les règles de prospect lié à l’ensoleillement, assombrissent les rues.

Je finis cet article sur une petite touche fleurie, mais surtout petite. Ce n’est pas une micro-architecture, c’est-à-dire indépendante de son voisin. Mais ce petit fleuriste au croisement de la Ningyōchō-dori et de la Kinza-dori vaut le coup d’œil. Elle fait partie de ses nombreux commerçants qui n’ont qu’un ou deux mètres carrés pour leur affaire quotidienne, ici faire les comptes. Demain, je me rendrai au célèbre marché aux poissons de Tsukiji, ou du moins ce que je pourrai encore en voir, avant de rejoindre Ginza et ses boutiques de luxe. Une toute autre échelle donc. Pour l’heure, de la lecture m’attend. Bonne journée !

ロマン

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