Romain Rousseaux Perin | Jour 61 – Kawasaki Nihon Minkaen, petites maisons et Hanazono Shrine Otori Festival
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Jour 61 – Kawasaki Nihon Minkaen, petites maisons et Hanazono Shrine Otori Festival

Hier, car il s’agira bien de la journée d’hier dont je vais vous parler, non pas de celle d’aujourd’hui qui n’a rien de transcendante, je suis allé dans la matinée au Kawasaki Nihon Minkaen, un (autre) musée à ciel ouvert qui présente un ensemble de maisons traditionnelles reconstituées, de plusieurs régions du Japon. Pas de maisons urbaines, ou très très peu, essentiellement des maisons de campagne, qui témoignent d’une activité paysanne passée. L’avantage de ce patchwork déconnecté de ses contextes originels, c’est de comprendre en un coup d’œil la multiplicité des réponses architecturales aux conditions climatiques ainsi qu’aux besoins quotidiens, la singularité de chacune de ces réponses, mais aussi les correspondances, car oui, la maison japonaise, du nord au sud, de l’est à l’ouest, ne varie pas si fondamentalement que cela. En témoignent ces quelques photos :

Ci-dessus, les planchers traditionnels des maisons étaient faits de bambous sur lesquels étaient déposés des nattes, appelés tatami. Leur forme la plus primitive est ici exposée. Pieds nus, on sent bien les bambous sous les pieds… Ce plancher est surélevé du sol. La plupart des maisons japonaises sont simplement posées sur des roches enfoncées dans la terre. Un vide est laissé entre le sol et le plancher, notamment pour l’isoler de l’humidité. Cette surélévation se mesure entre 30 et 50 centimètres, rarement plus. Ces parties habitables se distinguent du doma, prolongement de l’extérieur à l’intérieur de la maison. Il sert alors d’espace d’entrée, pour se déchausser, d’espace pour le travail manuel lorsque le temps empêche les travaux extérieurs, de bain ou souvent de cuisine. D’ailleurs, dans les maisons urbaines traditionnelles, le doma prend parfois la forme d’un couloir qui se prolonge sur toute la profondeur de la parcelle, jusqu’à atteindre la cuisine, au bout. Ci-dessous, un exemple de doma, dans une maison de campagne traditionnelle. La deuxième photo est le doma de la maison traditionnelle dans laquelle j’ai dormi quelques nuits à Kyōto : en arrière plan, l’entrée, et juste à côté de moi l’évier servant de cuisine.

Ce qui me frappe surtout dans les maisons traditionnelles, c’est le travail des charpentiers. En observant ces incroyables et improbables assemblages qui caractérisent tant l’architecture traditionnelle des maisons japonaises, on sent le savoir-faire dans chacune des pièces de la charpente, ce que heureusement la reconstitution n’a pas effacé. C’est d’autant plus impressionnant lorsqu’on sait leur façon de travailler : pas de plan, juste quelques dessins à main levée sur une planche de bois.

Ici, l’automne n’est pas tout à fait terminé. La plupart des arbres ont encore leurs feuilles. Les balades dans les parcs sont encore largement de saison. Au vu de la météo française, cela vaut la peine d’être remarqué.

Dans l’après-midi, j’ai vagabondé entre Shinanomachi et Kagurazaka pour aller trois maisons pour lesquelles j’avais les adresses. À Shinanomachi, j’ai eu le plaisir de recroiser ces petites rues au cœur des chō, ou parfois même un scooter aurait bien du mal à se faufiler.

Au bout d’une rue, j’aperçois au dernier plan de cette perspective en montée l’atelier Bow-Wow, de l’architecte Yoshiharu Tsukamoto, une de ces personnalités que j’aurais bien aimé rencontrer. Tsukamoto est l’auteur d’un gros travail sur les petits espaces au Japon, qu’il appelle Pet Architecture. Au-delà, il est aussi l’auteur de plusieurs ouvrages sur la ville japonaise et ses évolutions futures et souhaitables. On accède à l’Atelier Bow-Wow par une entrée discrète, où un surnombre de vélos trahisse une des fonctions principales de la maison : Tsukamoto a concentré sa maison et son atelier d’architecture dans le même bâtiment. On comprend toute la subtilité de cette articulation dans la maquette de la maison, que j’ai eu la chance de voir à l’exposition sur la maison japonaise le mois dernier. Vous pouvez en voir davantage sur l’atelier en cliquant ici. 

Plus loin, on retrouve la densité des grands axes structurants. Les arrières défraient la chronique.

Plus loin encore, alors que j’allais voir la Natural Shelter de Masaki Endoh, je tombe juste à côté sur une maison contemporaine pas inintéressante. Deux choix, deux écritures, deux visions, deux appropriations de la différence altimétrique qui sépare les deux rues.

Construite en 1999, la Natural Shelter est une des premières maisons phares de l’atelier EDH Endoh Design House. Elle fait partie d’ailleurs de l’une de ses plus petites réalisations, avec ses 54 mètres carrés de terrain, une emprise au sol de 32 mètres carrés pour une surface habitable de 77 mètres carrés.

Je continue ma promenade, traverse un point qui surplombe une autre de ces avenues denses et tombe quelques mètres plus loin sur la House in Kagurazaka de l’agence Mikan dont Manuel Tardits est un des architectes-associés. Cette maison est sobre, discrète (peut-être moins depuis que le terrain d’à côté est vierge). En tout cas, l’écriture ne laisse place à une extravagance disgracieuse, simplement à une excroissance, pensée pour aller chercher la lumière en hauteur et favoriser une ventilation naturelle, à l’époque des constructions voisines (qui ne devraient pas tarder à repousser, soit dit en passant). Notons que la maison comprend au rez-de-chaussée un vaste espace dit “public”, suivant la demande du client : “Je veux une maison avec un espace public où je peux me réunir avec mes amis, organiser des événements comme un cercle de lecture ou un rassemblement “haïku””. La maison fait 100 mètres carrés, soit une maison de taille normale, si elle est comprise dans le contexte japonais.

Photographie de l’époque, avec le voisinage (© Mikan).

Enfin, je termine la journée par un détour au Hanazono Shrine Otori Festival, en soirée. Ce festival, haut en couleur, regroupe stands de nourriture et vente de produits Otori. Les business men y passeraient pour demander la prospérité de leur entreprise. En tout cas, superbe ambiance qui me laissera à nouveau de belles images en tête.

ロマン

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