Romain Rousseaux Perin | Jour 59 – Manabu Chiba, dernier entretien
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Jour 59 – Manabu Chiba, dernier entretien

Dernier entretien. Dernière interview. Pas avec n’importe qui. Manabu Chiba, architecte de renommé, m’a consacré aujourd’hui une heure et demie de son temps pour discuter petites maisons, ville et densité. Des échanges desquels j’ai encore appris de nouvelles choses. Et je crois de toute façon que chaque entretien continuerait de m’en apprendre sur toute la subtilité de la maison nippone. Néanmoins, depuis quelques jours, j’ai l’impression d’avoir épuisé mes questions, signe peut-être que j’ai fait le tour des réponses que je suis venu chercher ici. Sans doute que de nouvelles zones d’ombre émergeront suite à l’analyse des quelques 30 heures d’enregistrement que je vais devoir maintenant retranscrire. Mais une thèse n’est déjà censée durer que trois ans, alors il faut savoir aussi, à un moment, poser des points de suspension (je n’ai pas dit “point final”). Surtout que le contexte japonais ne constitue pas la matière première de ma thèse, mais simplement un terrain d’étude, d’inspiration, de confrontation. Dans son ensemble, un sujet n’est d’ailleurs jamais vraiment épuisé, il y a toujours matière à produire de nouvelles connaissances. Si mes thématiques se concentrent sur le cas français, de vastes horizons s’ouvrent au regard de la diversité culturelle mondiale.

J’en ai encore appris aussi ce week-end, en me baladant non loin de ma guest house, le long de la Togoshiginza-dori, ces grandes rues commerçantes où les enseignes mondialisées (MacDonald pour ne citer qu’eux), côtoient les marchands historiques, qui se faufilent entre les montagnes de marchandises à écouler, qui chauffent vos yakitoris dans la rue… Ces artères qui peuvent vous amener dans les quartiers les plus centraux de Tōkyō en 5 minutes.

Ou encore en rendant visite à Cécile Asanuma-Brice dans les environs de Yokohama. Le quartier où se situe sa maison (traditionnelle) est à lui seul une image d’Épinal, figurant les mutations profondes que connait l’urbanisme tokyoïte. Entre deux maisons traditionnelles, ou héritées des années 1960, on voit cette intense division parcellaire qui me préoccupe, ces grands terrains divisés en trois, où chacun accueille une “maison cube”, typique des constructeurs, sans différenciation, revêtues de panneaux imitant de façon médiocre la brique dont la fidélité chromatique importe peu. Les joints siliconés trahissent cependant la duperie.

Au-delà, j’apprends aussi de la banalité, de ces instants empruntés aux flux quotidiens, du métro, des convenience stores, des petits restaurants familiaux ayant pignon sur rue, ou au contraire des kakuchiya, ces petits endroits secrets fréquentés par les habitués, où les étrangers ne sont pas souvent les bienvenus. De ces petites choses, simples et sans fioriture, j’en tirerai certainement les meilleures leçons. Car, comment comprendre l’habitat petit sans comprendre l’art de vivre au quotidien ?

Les articles ici vont sans doute se faire moins nombreux à présent. Il me reste très exactement 10 jours (entiers) à passer au Japon. Certains seront consacrés à la retranscription des entretiens, à la lecture d’ouvrages aussi, d’autres à la visite de quelques quartiers et lieux incontournables. Et puis sera venue l’heure des valises, des dernières courses, du dernier dodo, du dernier métro, du dernier… Cette perspective me rend malgré tout heureux. Heureux de retrouver les miens, heureux de retrouver mon épouse, que j’ai laissée au lendemain de notre mariage, de retrouver Muesli… J’espère en tout cas, que la lecture de mes expériences vous aura donné l’envie de vous évader, ne serait-ce qu’une semaine, peu importe le pays, en laissant tout objectif touristique de côté. Simplement de vous laisser bercer, vagabonder, vous perdre, pour mieux trouver le sens que vous donnerez à tout cela. Pour ma part, je retiendrai cela : les plus belles choses sont celles qu’on ne montre pas.

ロマン

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