Romain Rousseaux Perin | Jour 48 – Rencontre avec Yoshinori Sakano
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Jour 48 – Rencontre avec Yoshinori Sakano

Aujourd’hui, j’avais rendez-vous avec Yoshinori Sakano, de l’agence Flat House. Nous avons saisi l’occasion d’un petit marché + portes ouvertes de la Tsubomi House pour nous entretenir tout en visitant sa réalisation. La Tsubomi House est géographiquement assez éloigné des centres très prisés de Tōkyō, mais les connexions par train sont très efficaces, ce qui rend le quartier attractif. Les terrains y sont donc assez chers, mais l’environnement résidentiel reste malgré tout moins dense que dans les hyper-centres. Ici, le terrain de 46 mètres carrés a coûté entre 35 et 40 millions de yens japonais, soit l’équivalent de 6000 euros du mètre carré. C’est beaucoup. La maison a coûté moins du double, soit 480.000 euros. Elle propose 77 mètres carrés de surface habitable pour une emprise au sol de 26 mètres carrés, laissant une place de parking et le recul nécessaire vis-à-vis de la limite de propriété. La parcelle est assez typique de l’urbanisme tokyoïte : en drapeau.

Derrière la maison, un grand parking libère la façade sud-est pour un apport généreux en lumière naturelle. Seulement, tout ceci semble avoir bientôt une fin : un projet de logements collectifs est sur les rails. Profitons donc encore de cette vue dégagée pour apprécier le volume taillé de la Tsubomi House.

Côté rue, lorsque la place n’est pas occupée par une voiture, de petits marchés s’organisent ponctuellement, illustrant une communauté de voisinages bien existante. Les habitants se retrouvent, se parlent autour de petits biscuits. La Tsubomi House accueille au rez-de-chaussée un petit magasin, tenu par la cliente de l’architecte. La maison a donc deux cuisines : une cuisine pour le magasin, et une cuisine pour l’espace habité de la maison.

Chaque espace de la maison communique par l’escalier central, colonne vertébrale du projet. Chaque demi-niveau correspond à un espace de vie. Au sous-sol, l’espace rangement n’est pas compté dans le décompte des surfaces, grâce à sa faible hauteur de 1,40 mètre. Il est adjacent à l’espace sanitaire, qui bénéfice d’un apport en lumière naturelle depuis une petite cour anglaise. Le niveau supérieur est un espace libre associé à un rangement : ici, les futons sont rangés le jour, et la nuit l’espace sert de chambre à toute la famille (couple avec deux enfants).

Le magasin occupe donc le rez-de-chaussée, et joue le rôle de séparateur des espaces jour et espaces nuit. Les niveaux supérieurs accueillent respectivement la cuisine-séjour, le salon, et l’espace jeux/bureau pour les enfants. Aucun espace est fermé. Tous communiquent visuellement, ce qui permet indiscutablement d’agrandir l’espace visuel. Par endroit, les perspectives se prolongent même à l’extérieur.

J’ai beaucoup apprécié ce projet. Les demi-niveaux sont souvent une solution pour répondre au problème du nombre important d’étages pour les petites maisons. Monter et descendre les escaliers peut s’avérer – légitimement – être un vrai point négatif pour certains habitants. De cette façon, les escaliers paraissent moins subis, et s’inscrivent davantage dans un parcours qui associe les espaces plutôt que de les séparer. Je remercie ici infiniment Yoshinori Sakano pour le temps qu’il m’a accordé, et pour son gentil présent à la fin de notre entretien, ainsi que l’habitante de cette maison, qui nous a ouvert ses portes à deux reprises. Merci !

Je quitte le quartier de Setagaya sans trop m’éloigner. Je ne suis qu’à quelques stations de tramway de la House in a Plume Grove de Kazuyo Sejima. Je retrouve l’ambiance des quartiers que j’apprécie tant à Tōkyō : une échelle que je trouve idéal, avec quelques commerces de proximité bien tenus, la présence de la “nature” à tous les coins de rue, peu de voitures et une mixité sociale évidente. La plupart des maisons ont encore un terrain suffisamment grand pour la tenue d’un petit jardin.

Depuis les photographies officielles de la maison, son environnement très proche a un peu changé. Les arbres ont poussé, j’ai failli la louper. Elle se cache… Construite en 2003, la maison est marquée de la signature de son architecte (mais si ! Sejima, vous connaissez : SANAA !). Avec un oeil un peu aguerri, on reconnait assez vite le style. La baie du dernier niveau, qui cadre le paysage depuis la terrasse extérieure, en est sans doute l’exemple le plus évident, lorsqu’on ne regarde pas les plans.

À l’intérieur, il est important d’avoir en tête les jeux de hauteur, de double niveau. Malgré une simplicité apparente, les volumes sont imbriqués dans une complexité qui ne se lit pas facilement en plan. Je n’ai malheureusement pas la coupe, mais si vous regardez attentivement les plans des niveaux 2 et 3, vous pourrez vous en faire une idée. Les murs sont très fins, la structure étant en acier.

      

Plus loin, après avoir repris le train, je termine ma balade de l’après-midi en allant voir la Lucky Drops de Yasuhiro Yamashita (Atelier Tekuto). Quand on descend du train, on est à nouveau dans un autre chose, un paysage dont l’appartenance à Tōkyō est évidente, mais qui se démarque, comme tant d’autres districts.

Il faut marcher un peu avant d’atteindre la petite maison (très petite). Le long de la Tama River, un grand parc propose terrains de baseball, pistes cyclables, terrains de football. Depuis la rue longeant la rivière, une butte préserve les premières habitations d’éventuelles rapides montées des eaux. Un couple d’amoureux passe sur un vélo, j’ai tout juste le temps de dégainer…

La Lucky Drops se fait discrète, comme le laissaient supposer ses 60 mètres carrés, ce qui me semble beaucoup, réflexion faite. Pour l’avoir vue, elle parait vraiment plus petite. Sa surface au sol n’atteint pas les 22 mètres carrées. Le terrain est traversant (rue + venelle) pour une surface de 58 mètres carrés. Le terrain adjacent est inoccupé depuis la construction de la maison en 2005.

© Atelier Tekuto

© Atelier Tekuto

© Atelier Tekuto

Si vous cherchez sa largeur, sachez au moins qu’elle correspond plus ou moins à la longueur d’une Mini. 

Son allure, en forme de coque de bateau retournée, est atypique. L’intérieur (vide) l’est tout autant. Mais je reste sur ma fin. Je serais vraiment curieux de voir comment ses deux habitants vivent dans cette maison, et surtout, comme ils se sont appropriées le(s) lieu(x).

© Atelier Tekuto

Demain, pas d’entretien, mais je vais à Enoshima, presqu’île de la baie Sagami, à quelques kilomètres de Kamakura.

ロマン

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