Romain Rousseaux Perin | Jour 42 – Takayama
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Jour 42 – Takayama

Je suis arrivé hier à Takayama, ville au cœur des Alpes japonaises que l’on atteint après un peu plus d’une heure de train à travers les montagnes, parées de leurs plus belles couleurs d’automne. Le paysage est magnifique et l’on y regretterait presque de ne pas avoir préféré faire halte dans ces milieux complètement isolés. Le train gronde, crache une fumée noire épaisse et plus les tunnels passent, plus la température descend : entre Kanazawa et Takayama, une vingtaine de degrés en moins.

Aux abords de la gare, Takayama ressemble beaucoup aux autres villes japonaises pratiquées, à la différence qu’on ressent tout de suite sa taille plus modeste. Je dépose mes bagages (de plus en plus lourds) à l’hôtel et pars à la découverte des alentours. Sur la carte, je vois “Ruine du château”. J’ai toujours eu beaucoup d’intérêt pour les ruines, de toute sorte. Les ruines d’un château au Japon ne pouvaient que m’attirer. J’entreprends sans plus attendre l’ascension de sa colline. Point de ruine au sommet, seuls quelques murs qui témoignent encore des fondations de ses forteresses. Mais je ne regrette pas cette “tromperie”. Les couleurs saturent, contrastent, captent toute attention vagabonde. Autour, les arbres cadrent judicieusement le paysage lointain. Les Alpes japonaises sont là, enneigées en leurs sommets. Le tableau me rappelle certaines de ces estampes japonaises, où des plans de chaînes de montagne se superposent, en s’effaçant progressivement dans la brume. Au premier plan, le noir intense des arbres en contre-jour, qui dessinent un cadre flou que l’on a envie d’étendre.

Je redescends et flâne dans le quartier de Kamisannomachi, qui perpétue les conditions d’un cadre authentique grâce à un plan de sauvegarde dont il est utile de souligner l’existence. De part et d’autre des rues, de petits cours d’eau distinguent espace public et espaces privés, limite que l’on franchit grâce à quelques planches de bois qui servent de pontons. Les machiya abritent pour la plupart des commerces et distilleries de saké. Quelques boutiques se sont diversifiées pour atteindre une clientèle étrangère nombreuse, mais il subsiste de petits commerces qui vendent tantôt du papier japonais, tantôt des estampes, tantôt des lithogravures. Ces rues me plaisent et malgré l’attrait touristique évident, j’en apprécie la sérénité apparente.

Aujourd’hui, je regagne Tōkyō. Mais avant, je me suis promis d’aller visiter le village folklorique de Hida, qui s’apparente au musée en plein air visité quelques jours plus tôt à Ōsaka. Ici, l’on y trouve de vieilles fermes japonaises datant pour certaines du XVIIe siècle, à travers une reconstitution millimétrée qui retranscrit de manière convaincante ce que fut la vie des populations reculées des grandes cités de l’époque. L’on y comprend aussi, par un froid transperçant, ce que devait être la vie quotidienne dans ces maisons dépourvues d’isolation, et ayant pour seul point chaud, le foyer central.

À droite, vous pouvez remarquer la présence d’un butsudan (traduisez “maison de Bouddha”), un sanctuaire bouddhiste que l’on retrouve dans la plupart des fermes reconstituées.

Que ce soit au travers de photographies anciennes ou dans la pratique quotidienne de ces espaces, la position du corps dans l’espace s’impose au-delà de tout aspect culturel. Il n’est pas possible d’apprécier ces espaces en restant debout. L’architecture vous y contraint. Très vite, vous cédez aux éléments. Transit par le froid, vous vous agenouillez volontiers autour de la braise persistante, malgré l’inconfort d’une position à laquelle nous ne sommes pas habitués.

Petite note au passage : en référence à un post sur Kyōto où je relatais mes mésaventures d’un jour, pour les lecteurs les plus assidus, avouons que cette affichette ne souffre d’aucune ambiguïté. Celle rencontrée sur le chemin forestier peu après Kibune était nettement moins… explicite !

Il est temps pour moi de regagner Tōkyō. Sur le chemin, je fais une halte à Inotani, une petite ville isolée dont la gare me fait penser à mon village ardennais, avec la montagne en moins, évidemment.

Je suis bien arrivé dans mon nouveau logement, une petite maison au cœur du quartier de Ōsaki. J’aurai très certainement l’occasion d’y revenir plus longuement lors d’un prochain post. Mais il est tard et demain, j’interviens lors de la journée d’étude JAPARCHI à la Maison franco-japonaise de Tōkyō. Il est donc temps pour moi de prendre congé de mon blog. J’ai besoin d’un temps de sommeil important pour éviter de dire trop de bêtises…

ロマン

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